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Manque d’effectifs, services confrontés à des températures étouffantes, retards dans le versement des salaires, absentéisme difficile à compenser… Pour Gilbert Mouden, co-secrétaire du Syndicat Sud au CHU de Bordeaux et infirmier anesthésiste au sein de l’établissement, la situation continue de se dégrader.
Lors d’un entretien accordé au Bulletin Bordelais ce mercredi 15 juillet, le représentant syndical revient en détail sur les conséquences du plan de redressement économique engagé depuis septembre 2025 et appelle l’État à renforcer les moyens accordés à l’hôpital public.
Pour le syndicat Sud, les difficultés rencontrées aujourd’hui au CHU de Bordeaux ne sont pas apparues du jour au lendemain. Elles entrent dans un contexte de déficit hospitalier qui a conduit la direction à mettre en œuvre un plan de redressement économique, également présenté comme un « plan de retour à l’équilibre ».
L’objectif affiché de ce PRE est de réaliser 30 millions d’euros d’économies sur deux ans, dont près d’un tiers, soit 10 millions d’euros, sur les ressources humaines. Une orientation que le syndicat dénonce depuis son lancement.
« Nous avons contesté ce plan dès sa mise en place, parce que les économies portent directement sur les personnels. »
Selon Gilbert Mouden, les premières conséquences sont aujourd’hui visibles dans de nombreux services. Les possibilités d’effectuer des heures supplémentaires pour remplacer les collègues absents se sont fortement réduites. Certaines organisations saisonnières qui permettaient de renforcer les équipes pendant l’été ont également disparu.
Résultat : les services fonctionnent avec des effectifs extrêmement tendus, alors même que les départs en congés et les absences se multiplient pendant la période estivale.
« Aujourd’hui, on fonctionne avec le minimum de personnel. »
Le représentant syndical explique que cette situation concerne l’ensemble des métiers hospitaliers. Soignants, personnels techniques ou administratifs seraient confrontés aux mêmes difficultés de remplacement. Le manque d’anticipation dans les recrutements compliquerait encore davantage l’organisation quotidienne.
Selon lui, les agents hésitent désormais à accepter des heures supplémentaires lorsque celles-ci ne sont pas suffisamment rémunérées, ce qui réduit encore les possibilités de combler les absences de dernière minute.
Parmi les professions les plus touchées figurent les agents des services hospitaliers (ASH), chargés notamment du bio-nettoyage des locaux. Un métier souvent discret mais essentiel au fonctionnement d’un établissement de santé.
Ces agents assurent chaque jour la désinfection des chambres, des blocs ou encore des services de soins afin de limiter les risques infectieux. Or, faute de personnel, certains doivent désormais couvrir plusieurs secteurs au cours d’une même journée.
« C’est un travail invisible, mais absolument indispensable au fonctionnement de l’hôpital. »
Pour Gilbert Mouden, cette surcharge de travail n’a pas seulement des conséquences sur les conditions d’exercice des personnels.
« Lorsque le bio-nettoyage ne peut plus être réalisé dans de bonnes conditions, ce sont les risques d’infections nosocomiales qui augmentent pour les patients. »
Le syndicat estime également que cette pression permanente favorise l’épuisement professionnel. Des agents fatigués finissent par s’arrêter à leur tour, alimentant un cercle vicieux qui accentue encore les difficultés de remplacement.
« Les agents que l’on épuise aujourd’hui sont les absents de demain. »
À ces difficultés d’effectifs s’ajoutent les épisodes de fortes chaleurs qui frappent régulièrement la Gironde. Selon Gilbert Mouden, certains bâtiments du CHU de Bordeaux, considéré comme l’un des plus anciens de France, restent particulièrement sensibles aux températures estivales malgré les travaux réalisés ces dernières années.

Le syndicat affirme avoir reçu de nombreux signalements provenant de différents services, notamment de réanimation, où les températures auraient atteint entre 35 et 36 °C.
« On ne peut pas accepter qu’en 2026 des patients soient soignés dans de telles conditions. »
Même si plusieurs climatiseurs ont commencé à être installés avant les annonces nationales, le représentant syndical estime que ces équipements restent insuffisants pour répondre à l’ensemble des besoins.
Dans certains services, des ventilateurs continueraient d’être utilisés malgré leurs limites.
« Faire circuler de l’air chaud dans une chambre de plusieurs patients n’est pas une solution. »
Gilbert Mouden évoque également des situations qui, selon lui, illustrent le manque de solutions durables.
Dans certains locaux, des couvertures de survie auraient été fixées sur les vitres ou les murs afin de limiter la chaleur.
« Une couverture de survie est faite pour protéger un patient, pas pour servir d’isolant thermique dans un hôpital. »
Le syndicat réclame ainsi un véritable plan d’investissement portant sur la climatisation, mais aussi sur la protection des bâtiments contre les fortes chaleurs, avec notamment la mise en place de stores ou d’autres dispositifs permettant de limiter durablement la montée des températures.
Autre sujet de mécontentement : les retards de versement des salaires.
Selon Gilbert Mouden, plusieurs échéances n’auraient pas été respectées depuis la mise en œuvre du plan de redressement économique, aussi bien en 2025 qu’en 2026.
Le représentant syndical cite notamment le versement du salaire de juin, qui aurait dû intervenir le 26 du mois conformément au calendrier officiel de la fonction publique hospitalière, mais qui n’aurait été crédité que plusieurs jours plus tard selon les établissements bancaires.
Si ces retards peuvent sembler limités dans le temps, leurs conséquences sont parfois importantes pour les agents.
« Quelques jours de retard peuvent entraîner des frais bancaires ou mettre certains personnels en difficulté pour payer leurs charges. »
Le syndicat demande donc que le calendrier officiel soit strictement respecté, estimant qu’il s’agit d’un engagement élémentaire envers les professionnels qui assurent la continuité des soins.
Enfin, Gilbert Mouden insiste sur le fait que la question dépasse largement le seul fonctionnement du CHU de Bordeaux.
Pour lui, la situation actuelle est avant tout le reflet d’un manque de moyens accordés à l’hôpital public. Si des efforts budgétaires sont nécessaires, ils ne doivent pas, selon lui, se traduire par une réduction des effectifs ou une dégradation des conditions de travail.
« On est en train de faire des économies sur les ressources humaines. Et lorsqu’on fait des économies sur les ressources humaines, on fait aussi des économies sur la sécurité des patients. »
Le syndicat Sud appelle ainsi l’État à renforcer durablement les financements consacrés aux établissements hospitaliers afin de permettre aux équipes de travailler dans des conditions compatibles avec les exigences de qualité des soins.
« Il faut arrêter de considérer les personnels comme une variable d’ajustement. Recruter un ou deux agents supplémentaires dans un service n’est pas un luxe : c’est souvent ce qui permet d’éviter l’épuisement des équipes et de garantir une prise en charge sécurisée des patients. »
Pour Gilbert Mouden, il est désormais urgent de redonner des moyens humains à l’hôpital public afin d’éviter que les difficultés actuelles ne continuent de s’aggraver dans les mois à venir.
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