La situation continue de se dégrader en Gironde. En l’espace de vingt-quatre heures, le mégafeu a gagné 10 000 hectares supplémentaires, portant le bilan à 44 000 hectares totalement ou partiellement détruits. Environ 240 habitations ont été touchées. Si aucune victime n’est à déplorer parmi la population, le nombre de sapeurs-pompiers blessés continue, lui, d’augmenter au fil des opérations.
Face à un incendie hors norme, la préfète de Gironde Sophie Brocas et les autorités reconnaissent désormais être confrontées à des phénomènes « jamais connus en France », obligeant les secours à adapter en permanence leur stratégie.
Une nouvelle nuit marquée par un spectaculaire « orage de feu »
Samedi 25 juillet au soir, les flammes ont de nouveau généré un phénomène particulièrement inquiétant : un orage de feu, similaire à celui qui avait déjà surpris les secours quelques jours plus tôt. Des experts français et internationaux, réunis autour des autorités, confirment qu’il s’agit d’un événement hautement imprévisible, né de la combinaison de plusieurs facteurs : la puissance du brasier, les vents, la sécheresse extrême et l’activité orageuse produite par l’incendie lui-même.
Sous ce gigantesque nuage de type pyrocumulonimbus, une activité électrique s’est développée. Des éclairs ont provoqué de nouveaux départs de feu, compliquant encore davantage le travail des équipes engagées sur le terrain. Les secours décrivent un phénomène qui se comporte « comme un ouragan » : impossible à stopper lorsqu’il se déclenche, il faut alors concentrer les efforts sur la protection des populations et des infrastructures avant de reprendre l’offensive lorsque son intensité diminue.
Ces nouvelles évolutions ont conduit les autorités à ordonner de nouvelles évacuations préventives dans la nuit allant à ce dimanche 26 juillet. Plus de 50 000 habitants ont quitté leur commune, portant à 220 000 le nombre total de personnes évacuées depuis mercredi, une opération d’une ampleur exceptionnelle. Les autorités ont une nouvelle fois salué le comportement des maires et des habitants, dont la vie est profondément bouleversée depuis plusieurs jours. L’A63 reste fermée entre Bordeaux et les Landes après avoir été franchie par les flammes. La ligne ferroviaire Bordeaux – Arcachon demeure également interrompue, tandis que plusieurs autres dessertes restent fortement perturbées.
Blagon, un verrou stratégique dans la lutte contre le feu
Le secteur de Blagon demeure l’un des principaux points de fixation des secours. Dans cette zone, les pompiers concentrent une partie importante de leurs moyens afin de ralentir la progression du brasier. L’objectif n’est plus seulement d’éteindre les flammes, mais de priver progressivement l’incendie de son combustible. Pour y parvenir, d’importantes coupes tactiques sont réalisées dans la forêt. Des feux tactiques, volontairement déclenchés sous contrôle des secours, viennent également supprimer la végétation située devant le front de flammes afin de limiter sa puissance.
Les responsables des opérations reconnaissent que les méthodes habituellement utilisées ne suffisent plus. Le front de feu, qui dessine désormais une vaste forme triangulaire, fait l’objet d’une stratégie différente sur chacune de ses trois faces. À l’est, les bombardiers utilisent principalement du retardant, appuyés par les équipes au sol. Plus au sud, les moyens aériens larguent de l’eau tandis que les pompiers poursuivent les attaques terrestres. À l’ouest, ce sont essentiellement les moyens terrestres, épaulés par les agriculteurs et les hélicoptères, qui sont mobilisés. L’une des principales difficultés reste la visibilité. L’épaisseur des fumées empêche parfois d’évaluer précisément la position et l’intensité des foyers. Pour améliorer le suivi du sinistre, un drone militaire Reaper sera prochainement déployé. Lorsqu’il devra quitter temporairement la zone pour se ravitailler, un hélicoptère Caracal prendra le relais afin de transmettre en temps réel des images permettant de guider les opérations.
Parallèlement, les secours vont renforcer leur capacité d’alimentation en eau grâce à des pompes de très grande capacité, afin de puiser directement dans les réserves naturelles et de préserver le réseau d’eau potable. Un dispositif européen de communication baptisé Phénix est également en cours de déploiement pour coordonner plus efficacement les renforts français et étrangers présents sur le terrain.
La mobilisation continue de s’intensifier. Le dispositif rassemble désormais plus de 2 500 sapeurs-pompiers, 1 500 militaires, 1 200 policiers et gendarmes, 450 membres d’associations de sécurité civile ainsi que 18 moyens aériens, dont plusieurs appareils européens. Les communes évacuées restent sécurisées en permanence par les forces de l’ordre et des patrouilles militaires afin d’éviter toute intrusion.
Les agriculteurs mobilisés, mais sous contrôle des secours
Les autorités saluent la solidarité du monde agricole. De nombreux exploitants mettent leurs tracteurs et leurs tonnes à eau à disposition pour ravitailler les équipes engagées sur le terrain. Mais un message est martelé par la préfète Sophie Brocas : aucune intervention individuelle ne doit être entreprise. Chaque agriculteur doit être intégré au dispositif officiel afin que les secours connaissent précisément sa position et puissent l’alerter en cas de changement brutal de direction du feu. L’objectif est d’éviter qu’il ne se retrouve piégé par les flammes, comme cela avait déjà été le cas lors des incendies de 2022.
Au milieu de cette mobilisation exceptionnelle, certains comportements continuent de susciter l’incompréhension. Les forces de l’ordre ont interpellé un homme surpris en train de fumer en forêt ainsi que deux personnes qui faisaient un barbecue, en pleine crise. Tous ont été placés en garde à vue.
À l’inverse, les autorités ont tenu à saluer les nombreuses initiatives de solidarité : des entreprises libèrent leurs salariés sapeurs-pompiers volontaires, des enseignes livrent des denrées alimentaires dans les centres d’accueil et des particuliers proposent spontanément d’héberger des personnes évacuées. Les conséquences sanitaires prennent désormais une ampleur régionale. Les concentrations en particules fines ont dépassé les seuils d’alerte dans quatre départements de Nouvelle-Aquitaine, sous l’effet du panache de fumée. Les autorités sanitaires demandent à la population de limiter au maximum les sorties, garder les fenêtres fermées, éviter les activités physiques et appeler le 15 en cas de difficultés respiratoires ou de malaise.
Une attention particulière est portée aux personnes âgées, aux malades chroniques, aux personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires ou respiratoires, aux femmes enceintes et aux personnes diabétiques, considérées comme les plus vulnérables.
Des masques FFP2 gratuits et une surveillance renforcée du monoxyde de carbone
Pour les personnes contraintes de sortir, des masques FFP2 sont distribués gratuitement. Disponibles dans les pharmacies de garde, ils seront également proposés dans l’ensemble des pharmacies dès lundi 27 septembre. Les autorités rappellent que les masques chirurgicaux classiques ou les FFP1 sont inefficaces contre les particules fines. Les FFP2 peuvent être portés jusqu’à huit heures en extérieur, mais ne sont pas utiles à l’intérieur d’un logement correctement isolé des fumées.
En parallèle, des spécialistes venus de Paris vont mesurer plus finement les concentrations de monoxyde de carbone (CO) dans plusieurs secteurs. Ces analyses permettront d’adapter les recommandations sanitaires dans les prochaines heures. Après l’évacuation de plusieurs établissements pour personnes âgées, une nouvelle phase s’engage. Les résidents accueillis provisoirement dans les centres d’hébergement vont être progressivement transférés vers des structures disposant de places disponibles, en commençant par les personnes les plus fragiles. Les autorités assurent vouloir maintenir un lien étroit avec les familles durant ces transferts.
Aucun retour avant la maîtrise de l’incendie
Le message reste inchangé : aucun retour ne sera autorisé dans les communes évacuées tant que le feu ne sera pas fixé, même lorsque les flammes ne les ont pas directement atteintes. Les entreprises situées dans ces secteurs resteront également fermées. Un dispositif d’activité partielle sera activé afin que l’État prenne en charge les salaires des salariés concernés. Les autorités déconseillent également aux salariés vivant hors des zones évacuées de traverser ces communes pour rejoindre leur lieu de travail, afin de ne pas compliquer les opérations de secours.
Dès mardi 28 septembre, les températures pourraient atteindre 38 à 40 °C, un niveau susceptible d’intensifier encore un incendie déjà alimenté par une sécheresse historique, supérieure à celles observées en 1976 et 2022.
Les autorités appellent enfin la population à ne jamais s’approcher des zones incendiées, rappelant que ces secteurs ne sont en aucun cas des lieux d’observation, mais des espaces où les conditions peuvent évoluer en quelques secondes et mettre des vies en danger.
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