« On est là pour nos convictions » : à Bordeaux, les lycéens refusent que les violences éclipsent leur colère

2 octobre 2026--:--

« On est là pour nos convictions » : à Bordeaux, les lycéens refusent que les violences éclipsent leur colère

2 octobre 2026--:--Kylian Bay · ©Bulletin Bordelais
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Réunis jeudi 1ᵉʳ octobre à 14 h 30, Porte de Bourgogne à Bordeaux, des lycéens venus de plusieurs établissements de la métropole ont tenté de remettre leurs revendications au centre d’une mobilisation désormais marquée par les incendies, les dégradations et les interventions policières. Derrière les images spectaculaires de ces derniers jours, leurs témoignages racontent surtout des établissements sous tension, un profond sentiment d’inégalité et une jeunesse qui réclame d’être entendue.

« On est là pour nos convictions » : à Bordeaux, les lycéens refusent que les violences éclipsent leur colère
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À quelques mètres des quais de Bordeaux, les établissements ne comptent plus vraiment. Toulouse-Lautrec, Montaigne, Gustave-Eiffel, Grand-Parc, Camille-Jullian… Jeudi après-midi, les prises de parole se succèdent Porte de Bourgogne. Chacun arrive avec l’histoire de son lycée, parfois avec celle de sa matinée. La mobilisation a pris une ampleur considérable en Gironde. Selon la préfecture, environ 6 000 lycéens se sont mobilisés jeudi au plus fort de la journée et 18 établissements ont fermé. Les autorités font également état de dégradations, de jets de projectiles, de plusieurs blessés et de 29 interpellations. Mais à 14 h 30, c’est précisément de cette image que plusieurs jeunes cherchent à s’extraire.

« On est médiatisés uniquement pour notre violence et pas pour nos convictions. »

La phrase tombe dès les premières interventions. Une élève raconte son établissement évacué, les gaz lacrymogènes et l’arrivée massive des forces de l’ordre. Mais elle s’en prend également aux individus venus, selon elle, profiter des rassemblements pour provoquer des incidents.

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« Je trouve ça dégueulasse que les casseurs viennent s’approprier le mouvement », lance-t-elle, avant de revenir immédiatement aux revendications :

« Le plus important, c’est qu’on soit tous les jeunes ensemble. »

Ce rejet des dégradations reviendra presque systématiquement au fil de la réunion.

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« Il y a plein de choses qui ne vont pas »

Car lorsque le micro circule, les grandes considérations politiques laissent régulièrement place à quelque chose de beaucoup plus quotidien : manger, dormir, étudier, avoir un professeur devant soi.

Mathilde vient du lycée Toulouse-Lautrec. L’établissement compte environ 400 élèves et, selon elle, quelque 120 d’entre eux ont participé au blocage dans la matinée. Elle insiste sur son caractère pacifique : pas de feu, pas de casse, pas de fumigène. Puis elle raconte l’internat.

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« On a plus de 40 degrés dans les salles d’internat, donc c’est impossible de travailler, de dormir pour bien se reposer pour les cours. »

À cela s’ajoutent, énumère-t-elle, l’état des établissements, le manque de personnels, les professeurs absents ou encore les problèmes rencontrés à la cantine. Sa conclusion tient en quelques mots :

« Il y a plein de choses qui ne vont pas. »

Ces revendications dépassent largement cette seule assemblée. Depuis le début de la mobilisation bordelaise, les élèves interrogés évoquent notamment les classes chargées, les enseignants absents et non remplacés, des emplois du temps lourds ou encore la pression liée à Parcoursup.

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Deux lycées, deux réalités

Une autre prise de parole fait émerger un mot qui reviendra plusieurs fois : l’égalité. Une lycéenne raconte avoir connu l’enseignement privé avant d’être aujourd’hui scolarisée dans le public. La comparaison qu’elle dresse est brutale.

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« Je trouve ça dégueulasse qu’on n’ait même pas la chance de partir sur la même base. Il n’y a aucune égalité ici. »

Elle décrit des établissements où, selon elle, « il n’y a pas de prof », « pas de moyens », parfois des difficultés jusque dans la restauration scolaire, tandis que d’autres disposent de conditions beaucoup plus favorables.

« On se bat pour nos droits, on se bat pour l’égalité entre tous les citoyens et entre tous les étudiants. »

C’est peut-être là que la mobilisation devient plus difficile à résumer. Il n’existe pas, dans cette réunion, une revendication unique capable d’expliquer à elle seule la colère. Les témoignages additionnent au contraire les problèmes locaux : ici l’internat, ailleurs la cantine, les emplois du temps, les effectifs, les enseignants ou les bâtiments. Le malaise commun naît de leur accumulation.

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Des internats devenus symboles du malaise

Dans certaines prises de parole, les conditions matérielles occupent presque tout l’espace. Une représentante d’un autre établissement décrit des journées allant de 8 heures à 18 heures, une pause méridienne jugée insuffisante et surtout un internat confronté, selon son témoignage, à des infiltrations d’eau.

« Ce matin, on s’est réveillés avec de l’eau dans nos couloirs d’internat. »

Elle évoque également la chaleur dans les chambres et conclut :

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« Il faut leur faire comprendre qu’il faut changer les choses parce qu’on n’en peut plus. »

Une autre élève s’empare ensuite de la question des repas. Elle juge les quantités servies insuffisantes pour des adolescents et décrit, dans un langage beaucoup plus spontané, la frustration qui s’est installée autour de la restauration scolaire. Derrière la colère générale, ce sont donc parfois des sujets extrêmement ordinaires qui alimentent la contestation.

La peur que les violences fassent disparaître le reste

Le paradoxe traverse toute la réunion : ceux qui veulent parler de leurs conditions d’études doivent désormais commencer par parler des violences. Garance, venue au nom du lycée Gustave-Eiffel, revient sur un incendie ayant endommagé des habitations voisines lors d’un précédent blocage. Elle le condamne sans détour. Mais elle raconte également une évolution qu’elle juge encourageante : une dizaine d’élèves ont pu être reçus par le proviseur. Celui-ci leur aurait proposé de constituer une assemblée avec des représentants de différents lycées, avec la perspective de pouvoir porter ensuite leurs revendications à un niveau supérieur.

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« On veut ouvrir la discussion avec le proviseur le plus possible et avec nos professeurs. »

Son discours résume l’un des dilemmes du mouvement.

Les dégradations sont, dit-elle, « complètement stupides » et surtout « contre-productives ». Pourquoi ? Parce qu’à ses yeux, elles finissent par engloutir tout le reste :

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« Au lieu d’écouter ce qu’on va leur dire, ils vont juste retenir le fait qu’on casse, qu’on fout le feu, et du coup notre voix est réduite à ça. »

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Plusieurs témoignages recueillis Porte de Bourgogne établissent une distinction entre les lycéens mobilisés et des individus venus se greffer aux blocages. Une élève raconte avoir voulu organiser dans son établissement un rassemblement pacifique avant que des groupes extérieurs n’arrivent. Elle décrit notamment des pétards lancés à proximité de passants et juge ces comportements « hyper dangereux ». Un autre intervenant évoque la situation de Camille-Jullian et affirme que des personnes extérieures au lycée auraient tenté de perturber la mobilisation et provoqué des départs de feu. Cette présence de personnes extérieures n’est pas seulement avancée par les manifestants. Le SNES-FSU indique que le rectorat a lui-même confirmé la présence, dans certaines actions violentes, de personnes qui ne sont pas lycéennes.

Une nuance importante au terme d’une journée où les images d’incendies et d’affrontements ont largement éclipsé le reste.

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Entre les lycéens et la police, une fracture qui s’installe

Reste un sujet beaucoup plus explosif : les forces de l’ordre. Plusieurs jeunes présents Porte de Bourgogne accusent policiers ou gendarmes d’avoir fait un usage disproportionné de la force. Une lycéenne résume son ressenti avec une formule particulièrement forte :

« Face à des stylos et des cahiers, il y avait des matraques et des boucliers. »

Des élèves de Montaigne affirment également avoir formé des chaînes humaines pacifiques avant une intervention des forces de l’ordre. Ces déclarations constituent leurs témoignages et ne permettent pas, à elles seules, d’établir précisément les circonstances de chaque intervention. De son côté, la préfecture décrit une journée marquée par des jets de projectiles, de mortiers et de pavés, des intrusions dans des établissements et des dégradations de biens publics et privés. Elle fait état de cinq policiers et d’un sapeur-pompier blessés, ainsi que de quatre lycéens blessés. Deux récits d’une même journée qui témoignent surtout du niveau de tension désormais atteint.

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À mesure que les interventions se succèdent Porte de Bourgogne, une évidence se dessine : cette mobilisation ne possède pas encore de discours parfaitement structuré. Les revendications diffèrent d’un lycée à l’autre. Certains parlent d’internats, d’autres de cantines, de professeurs absents, de bâtiments, de Parcoursup ou de choix politiques beaucoup plus larges. Des prises de parole très politisées côtoient des adolescents venus simplement raconter leur quotidien. Mais un sentiment les rassemble : celui de devoir hausser considérablement la voix pour être entendus. Et au milieu des incendies, des interventions policières et des images qui tournent sur les réseaux sociaux, certains semblent désormais craindre que leur mouvement leur échappe. C’est peut-être la phrase prononcée jeudi Porte de Bourgogne qui résume le mieux cette inquiétude :

« Si on fait ça, c’est parce qu’on veut s’exprimer. »

Une première ouverture institutionnelle pourrait toutefois se dessiner. Après la journée du jeudi 1ᵉʳ octobre, marquée par une mobilisation étendue à travers la Gironde, une rencontre est envisagée ce vendredi 2 octobre avec le rectorat et 58 élèves élus aux Conseils de la vie lycéenne, en présence de la préfète Sophie Brocas et d’un représentant de la Région Nouvelle-Aquitaine. Un rendez-vous qui, s’il se confirme, pourrait permettre aux lycéens de porter directement leurs revendications auprès des institutions.

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