Depuis 2022, Arnaud B., un propriétaire du Bouscat vit un véritable enfer. Un mur érigé par son voisin, un entrepreneur, a plongé sa maison dans l’obscurité et l’humidité. Entre soupçon de fraude au permis de construire, pressions présumées et inaction de la mairie, il témoigne auprès du Bulletin Bordelais.
Il y a des histoires de voisinage qui commencent mal et finissent vite. Celle-là a commencé mal et n’en finit pas. Trois ans que cet habitant du Bouscat se bat contre un mur — au sens propre comme au sens figuré. Trois ans qu’Arnaud B. allume la lumière en plein milieu de la journée. Trois ans que l’humidité grignote les murs de sa maison, et qu’il attend que quelqu’un, quelque part, prenne ses responsabilités.
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C’est une maison de caractère, construite vers 1930, à quelques pas de l’école Lafon Féline. Une bâtisse achetée avec amour en 2019. Arnaud B l’avait visitée en hiver, exprès, pour s’assurer qu’il n’y avait pas de vices cachés. Elle était saine. Aujourd’hui, elle ne l’est plus du tout.
Pouvez-vous nous parler du contexte de ce fameux mur ?
L’histoire commence en décembre 2021, quand son voisin — entrepreneur, gérant d’une agence de communication et d’un centre de coworking — dépose un permis de construire. Les deux parcelles sont identiques, environ 600 m² chacune. Rien, a priori, ne laisse présager ce qui va suivre.
Les travaux démarrent en février 2022. Et très vite, quelque chose cloche. Les ouvriers démolissent l’ancien garage situé en fond de parcelle, en limite séparative. Problème : cette destruction n’était pas prévue dans le permis.
« On se retrouve à 25 mètres avec plus qu’un mur de soubassement. Et en fond de parcelle, on pouvait venir chez nous comme dans un moulin »,
déclare Arnaud B.
Pendant des semaines, la propriété reste sans protection ni sécurisation. Pas de grilles, pas de palissade — rien, selon Arnaud B. C’est finalement la femme du voisin qui se présente à la porte pour s’excuser de l’attitude de son mari.
« C’était un peu bizarre »,
souligne Arnaud B.
Quelques jours plus tard, des grilles de protection sont installées. Soulagement relatif pour une famille qui, entre-temps, vivait avec une piscine hors-sol visible de la rue et une intimité réduite à néant.
Vous aviez la possibilité de contester le permis ?
Oui, mais le délai légal de deux mois — le droit des tiers — est passé. Par méconnaissance, et parce que la vie, dit-il simplement, ne laisse pas toujours le temps de surveiller les affichages de chantier.
C’est lors du procès-verbal de bornage que les choses se corsent vraiment. Le constructeur, qui n’aurait pas dû se trouver là, exige la destruction de deux sections du mur mitoyen, au motif qu’un mur de garage serait visible depuis la nouvelle construction.
« Je lui ai dit : mais il y a une fenêtre là. Il m’a répondu qu’il s’en moquait. »
Interpellé, le service instructeur de la mairie du Bouscat aurait, selon Arnaud B., répondu avec une désinvolture qui le laisse encore aujourd’hui sans voix :
« On n’a pas vu votre fenêtre. Estimez-vous heureux de ne pas avoir un mur de 8 mètres. »

Ce mur a donc été construit contre votre gré, pour le seul bénéfice de votre voisin ?
Exactement. Et la situation est d’autant plus absurde qu’il s’agit juridiquement d’une copropriété forcée : ni l’un ni l’autre ne peut modifier ce mur sans l’accord de l’autre. Même percer un trou est interdit sans consentement mutuel. Pourtant, la destruction a eu lieu. Sans autorisation. Sans accord.
« Ils ont fait une fraude au permis. Ils ont détruit un mur avec violence, alors que c’était non autorisé. »
En août 2022, il alerte la mairie du Bouscat par mail, preuves à l’appui. La réponse ne viendra pas.
Que se passe-t-il ensuite ?
Le 5 décembre 2022, il surprend deux ouvriers en train d’entailler le mur à la disqueuse. La tension monte d’un cran.
« Je leur ai demandé de partir. J’avais ce qu’il fallait pour me protéger si jamais ils franchissaient la limite. Ils sont repartis. »
Vous vous êtes senti menacé ?
« Complètement. C’est ça depuis trois ans. »
Une semaine plus tard, un permis modificatif est déposé en catimini par le voisin. Puis vient le 22 mars 2023. Le jour que la famille n’oubliera pas.
« Ils étaient 7, pas 2. C’était face à ma femme, qui était malade à l’époque. Elle m’a appelé en pleurs à 10h20. J’étais au travail. »
Sept hommes et une pelleteuse : le mur est rasé. Sa femme appelle la police municipale — qui refuse d’intervenir. D’après Arnaud B., ce fait figure également dans la plainte pénale déposée par la famille.
Quels sont les désordres concrets que vous subissez au quotidien ?
Tous constatés par huissier. Le nouveau mur culmine à environ 4,20 mètres, soit bien au-delà de la descente de gouttière de la maison, fixée à 3,50 mètres. Résultat : plus un seul rayon de soleil ne pénètre dans les pièces concernées.
« Je n’ai absolument aucune lumière qui rentre chez moi, à aucun moment de la journée, ni de l’année. »
L’humidité a suivi, insidieusement. Les micropieux enfoncés à moins d’un mètre de la fondation, combinés à la surélévation de la nouvelle construction, ont modifié l’équilibre du sous-sol argileux. Les murs sont devenus des éponges.
« Ma maison, je l’ai achetée saine. Là, le BA13 a complètement absorbé l’humidité. C’est mou comme tout. »
Dans la chambre de son fils, pas de placo pour absorber : l’humidité stagne, l’odeur s’installe. La famille a fini par acheter un déshumidificateur électrique.
« Tous les matins, il faut le lancer. Sinon, ça pue. »
Et puis il y a eu le bruit. Pendant seize mois, un équipement jugé non conforme a vrombri en continu, nuit et jour. C’est ce qui, dit-il, a déclenché d’autres problèmes de santé.
« Sur mes réseaux sociaux, j’ai une vidéo de nuit — pas un avion qui passe, pas une voiture. Et pourtant, c’est infernal. Pendant seize mois, la mairie n’est pas venue constater, alors que c’est leur obligation. »
L’équipement a finalement été retiré, sous la pression des réseaux sociaux. Mais les séquelles, elles, sont restées.
Comment tout cela affecte-t-il votre santé, et celle de votre famille ?
« J’ai un traitement hypotenseur depuis trois ans. Je vais refaire une mesure sur 24 heures pour voir si je dois passer à quatre molécules. Je cours beaucoup pour évacuer. C’est long, le judiciaire. C’est très usant. »
Sa compagne a également souffert, entre l’agression du 22 mars, les pressions répétées et l’épuisement d’un combat qui n’en finit pas.
Vous parlez de pressions. Lesquelles, exactement ?
En novembre 2025, un soi-disant policier médiateur se présente à leur domicile, sans motif officiel clairement établi, dans une attitude qu’il qualifie d’agressive.
« Ce n’était pas un officier de police judiciaire. J’ai répondu que si on avait des choses à se dire, ce serait dans un cadre officiel. Une médiation après trois ans de faits graves, ce n’est pas possible. »
Il relie directement cet épisode à la publication d’un article sur Actu Bordeaux, qui avait mis en lumière le rôle de la mairie dans cette affaire. Une question a par ailleurs été soulevée lors du conseil municipal du 9 juillet 2024 — séance accessible en ligne dans les procès-verbaux officiels.
Que réclamez-vous aujourd’hui ?
« Je veux la reconnaissance de notre préjudice. Ce n’est pas normal d’être traités comme ça. On est des bons voisins. On est des gens pondérés. On essaie de jouer avec les règles, et on se fait marcher dessus. »
Deux procédures sont en cours : une action civile pour évaluer les préjudices, et une plainte pénale comportant sept chefs d’accusation, visant notamment des agents de la mairie du Bouscat. Il interpelle également le maire — ancien premier adjoint ayant signé le permis litigieux.
« Il a des obligations. Il doit réexaminer ce permis. Notre histoire doit passer au grand jour. »
Et si ce mur venait un jour à être détruit ?
« La procédure continuera quand même. Il y a eu trop de choses. On ne peut pas laisser passer ça. »
Il marque une pause, puis ajoute, avec une conviction tranquille qui résume trois ans de combat :
« On nous a traités comme des gens de seconde zone. Et ça, ce n’est pas acceptable. »
Le Bulletin Bordelais est entré en relation avec la municipalité du Bouscat, à ce jour nous sommes encore dans l’attente d’une réponse.


Merci au bulletin bordelais d’avoir relayer notre situation.
Pour nous aider dans notre combat, nous avons initié une pétition : http://www.change.org/lebouscatcauchemar
Merci d’avance.