Cet article repose sur le témoignage d’une “aide-soignante bénévole” ayant participé au fonctionnement du centre d’accueil du Parc des Expositions de Bordeaux-Lac. Afin de protéger cette personne, qui craint d’éventuelles répercussions, son identité n’est pas divulguée. Les informations rapportées distinguent clairement les faits que cette bénévole affirme avoir personnellement constatés, ceux qui lui ont été rapportés par d’autres intervenants présents sur site, ainsi que les éléments qui n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante par notre rédaction, à ce stade.
Note de la rédaction:
Avant publication, Le Bulletin Bordelais a tenté de joindre Bordeaux Métropole afin de recueillir sa position sur les différents points soulevés dans ce témoignage. Au moment de la mise en ligne de cet article, nous n’avions pas obtenu de réponse. Dans un souci d’équilibre de l’information, cet article pourra être actualisé à tout moment afin d’intégrer les explications, précisions ou contestations de Bordeaux Métropole, ainsi que de toute autre institution ou personne concernée qui souhaiterait exercer son droit de réponse.
Depuis le début du mégafeu de Saumos, le Parc des Expositions de Bordeaux-Lac est devenu le principal centre d’accueil de milliers d’habitants évacués. Alors que la majorité des sinistrés ont désormais pu regagner leur domicile, les langues commencent à se délier parmi celles et ceux qui ont participé à l’immense chaîne de solidarité mise en place ces derniers jours. Au fil de cet entretien, cette soignante décrit une organisation qui, selon elle, se serait fortement dégradée au cours de la semaine. Son récit mêle des faits qu’elle affirme avoir personnellement constatés, d’autres qui lui auraient été rapportés par plusieurs bénévoles, personnels de santé ou associations sur place, ainsi que des éléments qui n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante par notre rédaction. Nous avons donc pris le soin de distinguer ces différents niveaux d’information afin de restituer son témoignage avec la plus grande rigueur.
« Au début, tout fonctionnait »
Arrivée dimanche 26 juillet au soir après s’être proposée spontanément pour venir prêter main-forte, cette aide-soignante explique avoir intégré les équipes du Parc des Expositions à la suite d’une fausse alerte concernant l’évacuation d’un établissement pour personnes âgées. Très rapidement, elle participe à la prise en charge des sinistrés mais également au soutien des secouristes. De cette première période, elle garde le souvenir d’une organisation qu’elle jugeait efficace.
« Tous les bénévoles avaient réussi à mettre en place une organisation qui tenait la route. Les sinistrés se sentaient bien malgré tout. Il y avait quand même une bonne ambiance. »
Selon elle, les différents halls avaient trouvé leur fonctionnement : la logistique, le tri des dons, l’accueil des personnes évacuées, les équipes médicales et les bénévoles travaillaient de manière coordonnée, chacun connaissant précisément son rôle. D’après son témoignage, la situation aurait changé lors d’un changement de gestionnaire de site.
« Depuis, c’est devenu le gros bordel. »
Cette appréciation relève de son ressenti personnel. Elle l’appuie cependant sur une série d’événements qu’elle décrit et qui lui auraient été rapportés par d’autres intervenants présents sur place. Selon elle, de nombreuses procédures déjà opérationnelles auraient été remises en cause. Les bénévoles auraient notamment été invités à retrier des palettes de dons déjà classées auparavant.
« Tout était déjà trié. On leur a demandé de retrier pour détrier puis retrier encore. Les gens ne comprenaient plus. »
Elle estime que ces nouvelles consignes ont ralenti la logistique sans apporter d’amélioration visible.
« Les bénévoles n’avaient plus le droit d’aller vers les sinistrés »
Parmi les changements qu’elle affirme avoir personnellement constatés figure la modification du rôle confié aux bénévoles. Alors qu’ils pouvaient auparavant discuter avec les familles évacuées, promener leurs animaux, occuper les enfants ou simplement offrir une présence humaine, ces missions auraient progressivement disparu.
« On a interdit aux bénévoles d’aller parler aux personnes. On devait rester à l’accueil. »
Pour cette aide-soignante, cette évolution est l’une des plus regrettables.
Elle raconte notamment avoir vu des familles très éprouvées trouver un peu de répit grâce à la présence des bénévoles. Elle cite l’exemple d’une mère seule avec son enfant qui expliquait pouvoir souffler quelques instants pendant que des bénévoles occupaient sa fille.
Un contrôle ayant suscité des interrogations
L’un des épisodes les plus sensibles concernerait un bénévole à la peau noire, chargé notamment de la gestion des déchets. Sur ce point, l’aide-soignante précise ne pas avoir assisté personnellement à la scène. Elle affirme cependant avoir recueilli des récits concordants de plusieurs bénévoles ainsi que de membres d’associations mandatées, lesquels lui auraient expliqué que cet homme, connu de tous pour intervenir quotidiennement sur le site, aurait fait l’objet d’un important contrôle d’identité mobilisant plusieurs membres des forces de l’ordre. Selon ces témoignages, une fois son identité vérifiée, il aurait ensuite été régulièrement bousculé lorsqu’il croisait certains agents.
Les affirmations ci-dessus n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante par notre rédaction.
La bénévole indique toutefois que cet événement a profondément marqué plusieurs personnes présentes sur place et nourri un sentiment d’incompréhension.
Une climatisation coupée : un élément qui reste à vérifier
Autre accusation évoquée durant l’entretien : la climatisation du Hall 2, où étaient accueillis de nombreux sinistrés. L’aide-soignante précise qu’elle n’a pas constaté elle-même le moment où la climatisation aurait été arrêtée. Elle explique en avoir été informée par plusieurs bénévoles et affirme avoir reçu, par la suite, différents témoignages allant dans le même sens. Selon ces personnes, cette décision aurait eu pour objectif d’inciter les sinistrés à rechercher plus rapidement un hébergement extérieur.
Cette affirmation n’a pas pu être vérifiée indépendamment et aucune preuve matérielle n’a été produite à ce stade auprès de notre rédaction.
En revanche, la bénévole affirme avoir personnellement constaté une diminution importante des denrées mises à disposition des équipes.
« Hier soir, mercredi 29 juillet, il n’y avait quasiment plus rien à manger pour le personnel. »
Elle explique que les bénévoles avaient jusque-là accès en permanence à des réserves afin que les secouristes puissent venir se ravitailler à tout moment entre deux interventions. Selon elle, cette organisation aurait changé, provoquant des tensions et obligeant plusieurs bénévoles à continuer d’apporter eux-mêmes nourriture et boissons.
Elle affirme avoir personnellement vu arriver, comme les soirs précédents, deux jeunes restaurateurs qui apportaient des pizzas aux équipes mobilisées sur le terrain. Selon son témoignage, ils auraient été contrôlés de manière énergique à leur arrivée par les forces de l’ordre avant de pouvoir accéder au site. Elle explique également que ces bénévoles lui auraient montré une liste de ravitaillement transmise par le commandant des sapeurs-pompiers de Saint-Médard-en-Jalles, recensant les besoins des équipes engagées sur le terrain. D’après ses déclarations, ils étaient venus récupérer de l’eau, des produits d’hygiène et des denrées destinées aux pompiers.
Au cours de son entretien, l’aide-soignante rapporte également plusieurs témoignages selon lesquels des pompiers auraient rencontré des difficultés de ravitaillement alors que d’importants stocks demeuraient entreposés au Parc des Expositions.
Ces éléments reposent exclusivement sur les témoignages qu’elle dit avoir recueillis, et à ce stade n’ont pas été vérifiés par notre rédaction.
Du personnel médical publiquement réprimandé
Cette aide-soignante rapporte également une scène qui lui a été racontée par plusieurs personnes présentes. Selon leurs récits, un infirmier aurait été publiquement réprimandé après avoir pris en charge des sinistrés orientés par erreur vers un mauvais hall.
« On est quand même là pour aider et soutenir des personnes, pas pour se faire humilier et crier dessus. »
Notre rédaction n’a pas été en mesure de vérifier indépendamment le déroulement exact de cette scène.
Des alertes sur la chaîne du froid et un important gaspillage alimentaire
Autre sujet qui revient à plusieurs reprises dans le témoignage de cette aide-soignante : la gestion des denrées alimentaires entreposées au Parc des Expositions.
Sur ce point, elle précise ne pas avoir personnellement assisté aux opérations de stockage. En revanche, elle affirme avoir recueilli les témoignages de plusieurs bénévoles affectés à la logistique, avec lesquels elle était en contact quotidiennement. Selon leurs récits, plusieurs alertes auraient été remontées auprès des responsables afin d’obtenir davantage de réfrigérateurs et d’équipements permettant de respecter la chaîne du froid.
« Ils demandaient des frigos, des frigos, des frigos », rapporte-t-elle en reprenant les propos qui lui ont été tenus.
D’après ces bénévoles, une partie des denrées serait restée plusieurs heures en extérieur, parfois sous de fortes chaleurs, faute de moyens de conservation suffisants. Toujours selon les informations qui lui ont été rapportées, ces demandes n’auraient pas été suivies d’effet, conduisant progressivement à rendre une partie des produits impropres à la consommation, et à demander l’arrêt des dons.
« Aujourd’hui, on se retrouve à jeter des tonnes et des tonnes de nourriture », affirme-t-elle.
Cette bénévole estime que ce gaspillage aurait pu être évité si les besoins exprimés par les équipes chargées de la logistique avaient été pris en compte plus rapidement. Elle considère que cette situation est d’autant plus difficile à comprendre que, dans le même temps, plusieurs bénévoles lui auraient indiqué que des équipes de secours continuaient à solliciter des produits alimentaires et du matériel de première nécessité.
À ce stade, notre rédaction n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante ces affirmations ni de déterminer les circonstances exactes ayant conduit à la destruction de ces denrées.
Le Bulletin Bordelais sollicitera à nouveau Bordeaux Métropole afin qu’elle puisse répondre aux différents points soulevés dans cet article. Leur réponse sera publiée ici même et dans son intégralité, ou de manière fidèle.
Mise à jour du vendredi 31 juillet à 10 h 04
Au lendemain de la publication consacrée au témoignage de cette aide-soignante ayant participé à l’accueil des sinistrés des incendies en Gironde, Le Bulletin Bordelais est parvenu à joindre la Direction de la communication de Bordeaux Métropole, qui a accepté de répondre à certains des points soulevés ci-dessus.
Sans contester que des difficultés aient pu exister au plus fort de la crise, et tout en refusant de s’exprimer sur le cas de racisme présumé cité par l’aide-soignante, la collectivité estime que le témoignage de cette bénévole ne reflète qu’une partie de la réalité vécue sur le terrain, et rappelle l’ampleur exceptionnelle du dispositif mis en place.
« Il y a eu des problèmes, personne ne le nie », déclare la Direction de la communication de Bordeaux Métropole.
Interrogée notamment sur les difficultés évoquées autour de la chaîne du froid et des denrées alimentaires, la Direction de la communication de Bordeaux Métropole reconnaît que des incidents ont bien existé.
Elle indique que des problèmes de réfrigération ont effectivement été rencontrés, tout en soulignant que, parallèlement, une grande quantité de matériel et de denrées aurait été acheminée et distribuée dans de bonnes conditions durant toute la durée de la crise.
Selon elle, mettre uniquement en avant les dysfonctionnements donnerait une image incomplète du travail réalisé par les centaines d’agents, bénévoles et partenaires mobilisés depuis le début des incendies. La collectivité considère qu’il est légitime d’évoquer les difficultés rencontrées, mais rappelle que l’organisation globale aurait permis d’assurer la prise en charge des personnes évacuées dans des conditions qu’elle juge satisfaisantes.
Bordeaux Métropole explique pourquoi certains bénévoles n’ont plus été sollicités
Notre publication relayait également le ressenti de plusieurs bénévoles disant avoir eu le sentiment d’être progressivement écartés du centre d’accueil de Bordeaux-Lac.
Sur ce point, la Direction de la communication de Bordeaux Métropole affirme qu’il ne s’agissait pas d’une volonté d’exclure des volontaires, mais d’une nécessité organisationnelle. Elle explique que de nombreuses personnes se seraient présentées spontanément sur le site, sans passer par le dispositif d’inscription prévu. Face à un afflux très important de bénévoles, mais également de dons, les équipes auraient été contraintes de réorganiser le fonctionnement du centre.
Selon Bordeaux Métropole, seules les personnes inscrites via le formulaire officiel puis intégrées dans des plannings auraient ensuite été mobilisées. La collectivité évoque des rotations d’environ une centaine de bénévoles par créneau de huit heures et estime que les effectifs disponibles étaient devenus largement supérieurs aux besoins du centre. Elle ajoute qu’une crise appelée à durer impose également des périodes de repos pour les bénévoles comme pour les équipes mobilisées.
Au-delà des réponses apportées aux critiques de ce témoignage, qui est loin d’être le seul que nous avons reçu à la rédaction, la Direction de la communication de Bordeaux Métropole souhaite surtout mettre en avant ce qu’elle qualifie d’« élan de solidarité et de générosité sans précédent ». Elle adresse ses remerciements à l’ensemble des particuliers, associations, collectivités et bénévoles qui se sont mobilisés pendant les incendies, estimant que cette mobilisation exceptionnelle a largement contribué au fonctionnement du centre d’accueil.
Une trentaine de personnes encore présentes au centre
La Direction de la communication de Bordeaux Métropole indique qu’au moment de notre échange ce vendredi 31 juillet, le centre de Bordeaux-Lac n’accueillait plus qu’une trentaine de personnes. La collectivité explique que la grande majorité des sinistrés a pu être orientée vers des solutions de relogement. Selon elle, ces hébergements ont été trouvés aussi bien au sein de la métropole bordelaise qu’à l’extérieur, grâce à des solutions variées proposées par des particuliers, des professionnels ou différents partenaires.
Aussi à lireEndettement en hausse : Bordeaux Métropole appelée à corriger sa trajectoire
suivre Le Bulletin Bordelais




