Deux communes et la Sepanso engagent un recours contre le projet d’usine EMME sur la zone de Grattequina à Parempuyre. Le sujet est explosif et les déclarations nombreuses. Prenez quelques minutes : on vous raconte cette conférence de presse dans son intégralité, comme si vous étiez présent.
Réunis ce mardi 30 juin au matin à Blanquefort, en présence du maire de Parempuyre Henri Lagarrigue, les représentants des communes de Blanquefort, de Saint-Louis-de-Montferrand (Gironde), de la Sepanso et leur avocat Maître Olivier Chambord, ont officialisé le lancement d’une offensive judiciaire contre le projet d’implantation de l’usine EMME sur la zone de Grattequina. Ensemble, ils annoncent un recours contre la modification du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) ayant permis le projet, avant un second recours visant directement le permis de construire délivré le 8 juin dernier.

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150 €Face à la presse et au Bulletin Bordelais, la maire de Blanquefort, Véronique Ferreira, a tenu à lever d’emblée toute ambiguïté.
Selon elle, cette démarche ne constitue pas une opposition à l’industrie, ni même à l’activité de raffinage du nickel. La municipalité rappelle d’ailleurs son engagement historique en faveur de la réindustrialisation du site Ford et affirme continuer à défendre le développement économique du territoire. Pour l’élue, le véritable problème réside dans le choix du lieu d’implantation de cette future usine classée Seveso seuil haut.
Premier argument avancé : la nature même du terrain retenu. La ville estime que le site se situe au cœur d’une zone humide, en secteur inondable, alors que l’activité projetée prévoit notamment le stockage de sulfate de nickel, une substance présentée comme hautement toxique et particulièrement soluble dans l’eau. Pour les opposants, installer une telle activité à proximité immédiate de la Garonne constitue une contradiction importante avec le principe de précaution.
Véronique Ferreira a également dénoncé ce qu’elle considère comme une succession de décisions prises « à marche forcée ».
Elle pointe notamment le calendrier retenu par l’État, jugé défavorable au débat démocratique. Entre l’enquête publique, les délais imposés aux collectivités et les périodes électorales, la maire estime que les élus locaux n’ont jamais pu examiner sereinement le dossier avant les différentes autorisations administratives.

Autre sujet de crispation : l’équité de traitement entre ce projet et d’autres opérations industrielles menées sur la métropole bordelaise.
La municipalité de Blanquefort souligne que certains sites déjà artificialisés, comme les anciens terrains Ford, sont soumis à d’importantes contraintes environnementales lorsqu’il s’agit de les réindustrialiser. À l’inverse, le projet EMME bénéficierait, selon les requérants, de conditions beaucoup plus favorables malgré un emplacement situé dans un secteur considéré comme particulièrement sensible.
La commune de Saint-Louis-de-Montferrand a ensuite rejoint ces critiques en mettant l’accent sur les conséquences directes que pourrait subir sa population. Située à seulement 800 mètres du futur site, la commune de 2 100 habitants affirme être la plus proche de l’usine, bien qu’elle se trouve sur l’autre rive de la Garonne. Ses élus rappellent que le territoire est déjà classé en zone de danger extrême face au risque d’inondation et que les épisodes récents ont démontré sa vulnérabilité.
Les représentants de la commune évoquent notamment les importantes inondations survenues cette année, qui ont provoqué près de 180 000 euros de dégâts sur les équipements publics, sans compter les dommages subis par de nombreux habitants. Ils redoutent que les remblais nécessaires à la construction de l’usine réduisent les capacités naturelles d’expansion des crues et aggravent encore les risques pour les communes riveraines. Selon eux, aucune étude indépendante n’aurait véritablement évalué ces conséquences à l’échelle de l’ensemble du territoire concerné.
Au-delà des risques liés aux inondations, les élus de Saint-Louis-de-Montferrand s’inquiètent également des nuisances futures.
Fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, l’installation pourrait, selon eux, générer des nuisances sonores, lumineuses et visuelles durables. Ils redoutent notamment l’impact du stockage de près de 3 000 conteneurs face à leur commune ainsi que les conséquences sur les projets de valorisation touristique de la presqu’île.
La Sepanso, également partie prenante du recours, a tenu à replacer le débat dans un contexte plus large.
Sa représentante a rappelé que le secteur visé par le projet constitue l’une des dernières grandes zones naturelles en bord de Garonne, intégrée au parc des Jalles et reconnue pour sa richesse écologique. Selon l’association, il ne s’agit pas uniquement de préserver un paysage, mais un espace jouant un rôle essentiel dans l’expansion des crues et l’équilibre de la biodiversité locale. Les récentes inondations de février, intervenues quelques mois seulement après plusieurs épisodes climatiques majeurs en Europe, sont citées comme un avertissement supplémentaire.
L’association environnementale estime que l’implantation d’une usine sur ce secteur entraînerait une rupture du corridor écologique longeant la Garonne. Oiseaux protégés, mammifères, amphibiens et nombreuses autres espèces fréquenteraient aujourd’hui cette vaste prairie humide. Pour la Sepanso, les mesures compensatoires avancées par le porteur de projet ne suffisent pas à garantir le maintien de ces habitats naturels. Elle considère que ce site, classé comme espace naturel, agricole et forestier dans plusieurs documents de planification, constitue précisément le type d’espace qui devrait rester préservé face au changement climatique.
La représentante de la Sepanso a également exprimé son inquiétude face aux risques industriels associés au projet. Elle a rappelé que le site doit accueillir jusqu’à 150 000 tonnes de sulfate de nickel, à proximité immédiate du fleuve, dans le cadre d’une concession prévue pour 50 ans. Au-delà du seul risque d’inondation, elle évoque les conséquences potentielles d’un accident industriel impliquant des produits chimiques, mais aussi les effets liés au stockage d’acide sulfurique, aux déchets générés par l’activité et à l’augmentation du trafic logistique. Selon elle, plusieurs accidents survenus à l’étranger démontrent que le risque zéro n’existe pas.

Sur le plan juridique, l’avocat des requérants, Maître Olivier Chambord, a détaillé la stratégie retenue.
Les recours engagés visent d’abord la modification du PLUi ayant rendu le projet possible, puis le permis de construire accordé le 8 juin. Une procédure en référé doit également être déposée dans les prochains jours afin de demander la suspension rapide des travaux avant le début des opérations de remblaiement. L’objectif affiché est d’éviter que le chantier n’avance au point de rendre irréversible toute éventuelle décision de justice favorable aux opposants.
L’avocat estime que plusieurs irrégularités entacheraient la procédure. Il évoque notamment des études incomplètes, certaines consultations qui n’auraient pas été menées jusqu’à leur terme ainsi que des documents présentant, selon lui, une vision erronée de l’état réel du terrain. Il affirme également que plusieurs organismes spécialisés n’auraient pas été sollicités alors que leur avis aurait pu éclairer la décision publique. Pour les requérants, ces éléments justifient pleinement l’ouverture d’un contentieux devant la justice administrative.
Les intervenants ont aussi dénoncé ce qu’ils qualifient de « pression » exercée tout au long de l’instruction du dossier.
Autre sujet de controverse : l’utilisation future du quai de Grattequina.
Les opposants estiment que l’installation de l’usine EMME reviendrait à privatiser un équipement portuaire stratégique au profit d’un seul industriel.
Selon eux, d’autres sites de raffinage en Europe fonctionnent sans être implantés directement au bord d’un fleuve et utilisent principalement le transport ferroviaire. Ils jugent donc que la proximité immédiate avec la Garonne ne constitue pas une nécessité technique, mais un choix d’implantation contestable.
À l’issue de cette conférence de presse, les quatre requérants ont affiché leur détermination à poursuivre cette bataille judiciaire. Sans remettre en cause le principe d’une réindustrialisation du territoire, ils affirment vouloir obtenir le déplacement du projet vers un site qu’ils jugent plus adapté. Désormais, c’est au tribunal administratif qu’il reviendra de se prononcer sur la légalité des autorisations accordées et, dans un premier temps, sur la demande de suspension des travaux qui pourrait être examinée dans les prochaines semaines.
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