Bordeaux et ses bains publics : l’épopée disparue des temples du bien-être

Bordeaux, ville d’eau et de pierre, doit son éclat autant à la Garonne qu’à ses sources souterraines et son passé thermal méconnu.

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Si les bains publics ont aujourd’hui disparu du paysage bordelais, ils furent jadis des lieux de vie essentiels, mêlant hygiène, sociabilité et bien-être. Des établissements luxueux du XIXe siècle aux bains populaires du début du XXe, en passant par les hammams hérités des échanges avec le Maghreb, cette histoire fascinante raconte une autre facette de Bordeaux, où l’eau était bien plus qu’un simple élément du quotidien.

L’essor des bains publics : de l’hygiène à la mondanité

Bordeaux et ses bains publics : l’épopée disparue des temples du bien-être

Des origines antiques aux premiers établissements modernes

Si l’on remonte aux sources de l’histoire bordelaise, il faut rappeler que Burdigala, sous l’Empire romain, comptait déjà des thermes. Comme partout dans le monde romain, ces bains étaient à la fois des lieux d’hygiène et de sociabilité, où se mêlaient affaires, politique et plaisirs. Des vestiges de ces installations subsistent encore sous la ville, notamment dans le quartier Saint-Seurin.

Mais c’est bien plus tard, au XIXe siècle, que Bordeaux voit naître les premiers véritables bains publics modernes. Avec l’industrialisation et l’urbanisation croissante, les conditions de vie en ville deviennent plus précaires, l’accès à l’eau courante restant un privilège. Pour pallier ces manques, des établissements de bains se multiplient, alliant nécessité sanitaire et raffinement architectural.

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Les Bains Saint-Pierre : le temple du bien-être bordelais

L’un des plus célèbres fut les Bains Saint-Pierre, situés non loin du centre historique. Inauguré en 1862, cet établissement combinait bains chauds, douches, et espaces de détente dans un décor fastueux, avec marbres et mosaïques rappelant les grands thermes antiques. Il s’adressait à une clientèle bourgeoise en quête de bien-être et de distinction.

À la même époque, plusieurs bains municipaux plus accessibles voient le jour, financés par la municipalité dans un souci d’amélioration de l’hygiène publique. Ces établissements, souvent situés dans des quartiers populaires, permettent aux Bordelais sans salle de bain à domicile de profiter de douches et de bains chauds à moindre coût.

L’âge d’or des bains publics et leur rôle social

Les bains comme espaces de rencontres et de sociabilité

Les bains publics n’étaient pas seulement des lieux d’hygiène, mais aussi des espaces de sociabilité où se croisaient toutes les strates de la population. Certains établissements étaient mixtes, d’autres réservés aux hommes ou aux femmes, mais tous avaient en commun de favoriser les échanges et le vivre-ensemble.

C’était aussi des lieux où l’on pratiquait des soins corporels, comme les massages, la sudation ou les bains de vapeur. Certains établissements proposaient même des prestations médicales, avec des eaux thermales aux propriétés supposées curatives.

Les bains mauresques : une influence venue d’ailleurs

Bordeaux, grâce à ses liens historiques avec le Maghreb et ses communautés venues d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, a également vu apparaître des bains mauresques, plus proches des hammams traditionnels. Ces établissements, souvent discrets, permettaient de perpétuer une culture du bain ancrée dans la tradition orientale, faite de chaleur humide, de gommage au savon noir et de détente entre amis ou en famille.

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Le déclin et la disparition des bains publics

L’arrivée de l’eau courante et le changement des habitudes

Le tournant du XXe siècle marque le début du déclin des bains publics. Avec la généralisation des salles de bain privées et l’arrivée de l’eau courante dans la plupart des foyers, la nécessité de fréquenter ces établissements disparaît peu à peu.

Dans les années 1950 et 1960, de nombreux bains ferment leurs portes, faute de fréquentation. Certains bâtiments sont détruits, d’autres transformés en commerces ou en lieux culturels. Les hammams subsistent un peu plus longtemps, mais leur nombre diminue également à mesure que la société évolue.

Un patrimoine en péril et quelques survivants

Aujourd’hui, il ne reste presque rien des grands bains bordelais d’antan. Certains vestiges architecturaux subsistent, cachés derrière des façades discrètes ou réhabilités en appartements. Les derniers hammams, encore fréquentés par une clientèle fidèle, rappellent timidement l’importance qu’avaient ces lieux autrefois.

Mais si les bains publics ont disparu, l’intérêt pour le bien-être et les rituels d’eau semble renaître sous une autre forme. Avec le succès des spas, des bains nordiques et des expériences thermales modernes, Bordeaux redécouvre peu à peu ce lien historique avec l’eau, symbole de purification et de convivialité.

Alors que l’on assiste à un regain d’intérêt pour les pratiques de bien-être collectives, certaines villes réhabilitent leurs anciens bains publics ou construisent de nouveaux espaces inspirés des traditions anciennes. Bordeaux, avec son histoire et son attachement à l’eau, pourrait-elle voir renaître ces lieux de sociabilité et de détente ?

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