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«On est en train de scier la branche sur laquelle on est assis» : le collectif du Bois Vert dit NON à l’usine EMME à Parempuyre
2 avril 2026
«On est en train de scier la branche sur laquelle on est assis» : le collectif du Bois Vert dit NON à l’usine EMME à Parempuyre
Ce mercredi 1ᵉʳ avril, Le Bulletin Bordelais est allé à la rencontre de Mathieu et Jean-Marie, membres du collectif du Bois Vert à Parempuyre, pour un échange approfondi sur leur opposition au projet d’implantation de l’usine EMME. Un entretien sans langue de bois, entre analyse de fond et appel à la mobilisation.
Fondé il y a environ quatre ans, le collectif du Bois Vert rassemble des habitants de Parempuyre autour d’une conviction simple : agir localement pour préserver leur cadre de vie.
« L’idée, c’est de prendre soin de là où on habite »,
résume Jean-Marie.
Le groupe fédère des riverains préoccupés par l’état général de la planète, notamment sur les questions d’environnement et d’habitabilité.
« Quand on regarde les choses de façon globale, on se sent impuissant, on a l’impression que les choses nous échappent. Ça produit parfois de la colère et de la résignation »,
confie-t-il. Une colère qui, ici, s’est transformée en action collective.
EMME : une raffinerie au mauvais endroit
Le projet qui mobilise aujourd’hui le collectif, c’est l’implantation de l’usine EMME sur le territoire de Parempuyre. Cette future installation industrielle produira principalement des sulfates de nickel et de cobalt, destinés à entrer dans la composition de batteries — anodes et cathodes. Un projet présenté par ses promoteurs comme un maillon de la transition énergétique, mais que le collectif du Bois Vert juge fondamentalement mal situé.
« Ce n’est pas le bon endroit pour installer une raffinerie de ce type. Ce n’est pas une zone industrielle »,
tranche Jean-Marie.
Selon lui, le projet s’appuie sur un prétexte logistique plus qu’industriel :
« L’usine parle de créer un terminal industrialo-portuaire. En réalité, c’est un simple quai qui a coûté 14 millions d’euros et que le Grand Port Maritime de Bordeaux cherche à rentabiliser. »
Au-delà de la logique économique contestée, c’est la nature même du terrain qui pose problème.
« C’est une zone agricole, une zone d’expansion de crue, une zone inondable, constituée de zones humides »,
énumère Jean-Marie.
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Ce mercredi 1ᵉʳ avril, Le Bulletin Bordelais est allé à la rencontre de Mathieu et Jean-Marie, membres du collectif du Bois Vert à Parempuyre, pour un échange approfondi sur leur opposition au projet d’implantation de l’usine EMME. Un entretien sans langue de bois, entre analyse de fond et appel à la mobilisation.
Fondé il y a environ quatre ans, le collectif du Bois Vert rassemble des habitants de Parempuyre autour d’une conviction simple : agir localement pour préserver leur cadre de vie.
« L’idée, c’est de prendre soin de là où on habite »,
résume Jean-Marie.
Le groupe fédère des riverains préoccupés par l’état général de la planète, notamment sur les questions d’environnement et d’habitabilité.
« Quand on regarde les choses de façon globale, on se sent impuissant, on a l’impression que les choses nous échappent. Ça produit parfois de la colère et de la résignation »,
confie-t-il. Une colère qui, ici, s’est transformée en action collective.
EMME : une raffinerie au mauvais endroit
Le projet qui mobilise aujourd’hui le collectif, c’est l’implantation de l’usine EMME sur le territoire de Parempuyre. Cette future installation industrielle produira principalement des sulfates de nickel et de cobalt, destinés à entrer dans la composition de batteries — anodes et cathodes. Un projet présenté par ses promoteurs comme un maillon de la transition énergétique, mais que le collectif du Bois Vert juge fondamentalement mal situé.
« Ce n’est pas le bon endroit pour installer une raffinerie de ce type. Ce n’est pas une zone industrielle »,
tranche Jean-Marie.
Selon lui, le projet s’appuie sur un prétexte logistique plus qu’industriel :
« L’usine parle de créer un terminal industrialo-portuaire. En réalité, c’est un simple quai qui a coûté 14 millions d’euros et que le Grand Port Maritime de Bordeaux cherche à rentabiliser. »
Au-delà de la logique économique contestée, c’est la nature même du terrain qui pose problème.
« C’est une zone agricole, une zone d’expansion de crue, une zone inondable, constituée de zones humides »,
énumère Jean-Marie.
Un constat rendu criant par les événements récents : les deux tempêtes de février ont provoqué d’importantes inondations en Gironde, rappelant brutalement le rôle de ces espaces tampons.
« Monsieur le préfet a publié un grand article dans SudOuest en disant que c’est quand ça arrive qu’on se rend vraiment compte de ce qu’est une inondation. Eh bien, on peut lui dire : venez à Parempuyre, voyez le terrain où ils veulent installer l’usine EMME. C’est une zone d’expansion de crue qui nous protège et qui permet d’éviter que d’autres personnes soient inondées. »
La mobilisation s’organise : manifestation et interpellation des élus
Face à l’avancée du dossier, le collectif intensifie ses démarches. Une lettre a été adressée aux élus de Bordeaux Métropole, auxquels le collectif commence à recevoir quelques réponses. Une autre a été envoyée directement à Christine Bost, présidente de Bordeaux Métropole, pour demander que le conseil métropolitain se prononce sur le projet avant le 17 avril. L’enjeu est de taille :
« Si le conseil métropolitain ne se prononce pas à l’issue de l’enquête publique, cela sera automatiquement considéré comme un avis favorable. Après le 17 avril, c’est le préfet qui tranchera seul, de manière unilatérale. »
déclare Jean-Marie
En parallèle, une manifestation est prévue ce samedi 4 avril, de 10h à 12h, devant la préfecture à Bordeaux.
L’argument de l’emploi : une rhétorique rodée, mais une réalité contestée
Face aux 200 emplois directs et aux centaines d’emplois indirects promis par les porteurs du projet, Jean-Marie ne mâche pas ses mots :
« Il n’y a rien qui nous intéresse dans ce projet. L’argument de l’emploi, c’est toujours ce que mettent en avant les industriels quand ils veulent s’installer. C’est leur premier argument. »
Il pointe notamment la faible part d’emploi local attendue — à peine 10 % selon lui — et le décalage entre les compétences disponibles sur le territoire et les profils requis par une raffinerie de ce type.
« Quand on compare 200 emplois à ce que va détruire l’usine, où est l’intérêt général ? »
Mathieu pousse le raisonnement plus loin, en questionnant les fondements mêmes de la doctrine économique qui sous-tend ce type de projet :
« Est-ce que l’économie et l’emploi doivent absolument primer sur nos conditions de vie en général ? Le dynamisme économique a pris le pas sur tout le reste. On ne se pose plus la question de l’impact sur la santé ou sur la biodiversité, et pourtant c’est ce qui nous permet de vivre. »
Il évoque la théorie du « grand ruissellement » — l’idée que l’arrivée d’une industrie bénéficierait à l’ensemble du tissu local — pour mieux en démonter les illusions :
« Dans 10 ans, tous ces emplois-là, on n’en aura plus rien à faire. On parle de choses sérieuses : la préservation de la terre, de l’eau. On est en train de scier la branche sur laquelle on est assis. »
Jean-Marie enfonce le clou sur la question des financements publics :
« Chaque année, les gouvernements versent entre 200 et 220 milliards d’euros aux entreprises. Est-ce que votre pouvoir d’achat a augmenté ? Est-ce que votre retraite a significativement progressé ? Non. Les pauvres restent pauvres et les riches deviennent plus riches. »
Il ajoute que la zone concernée serait exonérée d’impôts pendant plusieurs années :
« Les premiers impôts que cette usine paiera, si elle en paie, ce sera peut-être dans cinq ans. La théorie du ruissellement, il faut arrêter ces baratins. »
Pollution, santé, biodiversité : les chiffres qui inquiètent
C’est sans doute sur ce terrain que les propos de Jean-Marie sont les plus documentés — et les plus alarmants. Après avoir épluché les documents de l’enquête publique, il livre des données précises :
« Malgré tous ses filtres, l’usine EMME disposera de quatre cheminées de plus de 40 mètres de haut — absentes des plans architecturaux présentés initialement — qui rejetteront 5,8 tonnes de polluants atmosphériques par an, dont des métaux lourds et du nickel. Sur une durée d’exploitation minimale de 30 ans, ce sont 180 tonnes de nickel qui se répartiront autour du site. »
Des chiffres que le collectif juge d’autant plus préoccupants que — selon Jean-Marie — les porteurs de projet n’ont pas été en mesure de fournir une étude de dispersion des particules fines sur la zone, lorsque la SEPANSO (fédération régionale d’associations de protection de la nature et de l’environnement en Aquitaine) le leur a demandé.
« La dame qui fait brouter ses brebis à quelques centaines de mètres de l’usine ne pourra plus le faire dans quelques années, parce que les terres seront contaminées au nickel. Et même les habitants qui ramassent des pissenlits devront arrêter, sinon ils s’exposent à des risques sérieux pour leur santé. »
Jean-Marie soulève enfin la contradiction géographique du projet :
« Cette usine va se situer en plein cœur du Parc des Jalles, au milieu de son périmètre d’extension. Quand je pense à tout l’argent dépensé — et qui va encore l’être — pour valoriser les zones humides de Bordeaux Métropole, et qu’on veut y implanter une verrue industrielle totalement délétère… C’est une horreur. Mettre en avant 200 emplois face à tout le mal que ça va faire à la biodiversité et à la nature, je trouve ça aberrant. »
Un appel à la mobilisation
Jean-Marie conclut sur un appel direct :
« Mobilisez-vous, indignez-vous, levez-vous, faites quelque chose. Le collectif du Bois Vert n’est pas très nombreux, mais nous allons vers la convergence des luttes. En France, d’autres collectifs se battent contre des projets similaires. En Gironde même, on peut penser au projet d’usine de saumon Pure Salmon ou au Surfparc de Canéjan. »
Mathieu, lui, invite les habitants à une réflexion plus intime :
« Il faut se demander si l’on veut continuer à vivre à Parempuyre, et dans quelles conditions. Pour l’instant, on y est pas trop mal. Mais jusqu’à quand ? On est déjà exposés aux pesticides des vignobles et des terres agricoles. Cette usine aura un impact direct sur notre santé. C’est très difficile à prouver, mais plus on ajoute de produits dans l’air et dans l’eau, plus on tombe malade. »
Il invite chacun à prendre le temps de se pencher sur le dossier, malgré les contraintes du quotidien :
« On doit ça, au moins, à nos enfants. »
Jean-Marie rappelle enfin que la mobilisation ne se résume pas à l’opposition :
« En chemin, on croise plein de gens, on tisse du lien social, on fait de la politique locale pour mieux s’occuper des préoccupations de notre ville. Même si on ne gagne pas toujours, ça vaut le coup. »
La manifestation contre le projet d’usine EMME se tiendra ce samedi 4 avril, de 10h à 12h, devant la préfecture de Gironde à Bordeaux.
Merci au collectif du Bois vert de se mobiliser et de faire la lumière sur ce cancer qui menace notre belle région girondine . Tous les bordelais devraient se sentir concernés par ce projet polluant et se mobiliser pour s’y opposer tant qu’il est encore temps
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